Retour de la chaleur : enfants au bureau, télétravail, horaires flexibles… Quels sont les aménagements possibles ?
8 juillet 2026
Article publié dans Courrier Cadres

Si certains actifs sont déjà en congés à l’approche du 14 juillet, d’autres en revanche travaillent toujours. Face à la remontée des températures partout en France, quels sont leurs droits ? Peuvent-ils, par exemple, venir au bureau avec leurs enfants ou faire davantage de télétravail ? Interview avec Sandrine Henrion, avocate au sein d’HERALD.
Qu’est-ce qui a évolué depuis mai 2025 en matière d’encadrement des conditions de travail en période de fortes chaleurs ?
Sandrine Henrion (SH) – Jusqu’à présent, la prévention des risques liés aux fortes chaleurs reposait principalement sur l’obligation générale de sécurité de l’employeur ainsi que sur quelques dispositions du Code du travail relatives à la température des locaux, à leur aération ou encore à la mise à disposition d’eau potable. Les mesures à mettre en œuvre étaient essentiellement précisées par des recommandations administratives. Toutefois, afin de renforcer la protection des travailleurs face à la multiplication des épisodes de chaleur, le décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 insère un chapitre spécifique consacré à la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense dans le Code du travail (articles R. 4463-1 à R. 4463-8).
Désormais, la prévention de la chaleur ne relève plus uniquement de recommandations, mais repose sur de véritables obligations réglementaires à la charge de l’employeur. Autre évolution importante : le Code du travail retient désormais une définition de l’ »épisode de chaleur intense » directement alignée sur le dispositif de vigilance canicule de Météo-France. Ainsi, est considéré comme un épisode de chaleur intense tout épisode correspondant à un niveau de vigilance jaune, orange ou rouge. À ce titre :
- La vigilance jaune correspond à un pic de chaleur de courte durée ou à un épisode de chaleur persistant susceptible de présenter un risque pour la santé, notamment des travailleurs exposés ;
- la vigilance orange caractérise une période de canicule, marquée par une chaleur intense et durable atteignant ou dépassant les seuils départementaux ;
- la vigilance rouge correspond à une canicule exceptionnelle, par son intensité, sa durée ou son étendue géographique, susceptible d’entraîner des conséquences sanitaires majeures et de perturber la continuité des activités.
Quelles sont les conditions à partir desquelles il y a des risques pour la santé des salariés ?
SH – Si le Code du travail ne fixe toujours pas de température maximale de travail, il fait désormais des niveaux de vigilance canicule de Météo-France le principal repère pour apprécier l’existence d’un risque lié à la chaleur. Ainsi, un épisode de chaleur intense est caractérisé dès le déclenchement d’un niveau de vigilance jaune, orange ou rouge, chaque niveau appelant une vigilance accrue de l’employeur.
La vigilance rouge traduit une canicule exceptionnelle pouvant conduire à la mise en œuvre de mesures exceptionnelles, telles que la réorganisation de l’activité, le recours au télétravail lorsque cela est possible ou encore la suspension de certains travaux particulièrement exposés. Le déclenchement de l’un de ces niveaux de vigilance impose à l’employeur d’évaluer les risques auxquels sont exposés les travailleurs et d’adapter les mesures de prévention en conséquence. Les obligations de l’employeur varient également selon les conditions d’exécution du travail, que le travail soit exécuté à l’intérieur ou à l’extérieur.
Concrètement, quelles sont les obligations de l’employeur ?
SH – Au-delà de la création d’un cadre réglementaire spécifique, le décret du 27 mai 2025 renforce les obligations de l’employeur en matière d’évaluation des risques. Désormais, les risques liés aux épisodes de chaleur intense doivent être pris en compte dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP), qu’il s’agisse de salariés travaillant en intérieur ou en extérieur.
Cette évaluation doit également se traduire par la mise à jour des mesures de prévention. Ainsi, dans les entreprises d’au moins 50 salariés, le programme annuel de prévention devra intégrer les actions destinées à prévenir les risques liés aux fortes chaleurs. Les entreprises de 50 salariés ou moins devront, quant à elles, définir des mesures adaptées à leur activité et aux risques identifiés. Les nouvelles dispositions précisent également les mesures techniques susceptibles d’être mises en œuvre dans les locaux de travail. L’employeur doit notamment veiller au maintien d’une température adaptée (sans obligation d’avoir recours à la climatisation), assurer un renouvellement suffisant de l’air et limiter les effets du rayonnement solaire afin d’éviter l’accumulation de chaleur dans les espaces de travail.
Comme je le disais, la notion de « température adaptée » n’est pas définie par un seuil précis. Elle s’apprécie au regard des circonstances de chaque situation, telles que la nature de l’activité exercée, l’intensité de l’effort physique, les équipements de protection portés par les salariés ou encore leur état de santé. L’organisation du travail constitue un véritable levier essentiel de prévention. Selon les circonstances, il pourra être nécessaire d’adapter les horaires afin d’éviter les périodes les plus chaudes de la journée, de limiter la durée d’exposition à la chaleur, d’accorder des temps de repos supplémentaires ou encore d’augmenter la quantité d’eau potable fraîche mise à disposition des salariés.
Que se passe-t-il lorsqu’on passe en vigilance rouge ?
SH – En cas de vigilance rouge, ces mesures devront être renforcées. L’employeur est notamment invité à réévaluer quotidiennement les risques, à adapter la charge de travail et, lorsque cela est possible, à recourir davantage au télétravail, en portant une attention particulière aux salariés les plus vulnérables.
Les obligations relatives à la mise à disposition d’eau sont également renforcées. Les salariés doivent pouvoir disposer d’une eau potable et fraîche en quantité suffisante pour se désaltérer tout au long de la journée. Il est également recommandé d’aménager des espaces ou des zones de repos plus fraîches permettant aux travailleurs de récupérer dans de bonnes conditions lors des épisodes de chaleur intense.
Enfin, la prévention passe également par une meilleure information des salariés. Les employeurs sont invités à diffuser des consignes de prévention sur les risques liés à la chaleur, les symptômes du coup de chaleur et les gestes à adopter. Le comité social et économique, lorsqu’il existe, ainsi que le service de prévention et de santé au travail, sont appelés à jouer un rôle central dans l’identification des risques, l’accompagnement des salariés les plus exposés et la définition des mesures de prévention adaptées.
Quels sont les droits des collaborateurs ?
SH – Si les nouvelles dispositions renforcent les obligations de prévention de l’employeur, elles ne créent pas pour autant de nouveaux droits automatiques au profit des salariés. Ainsi, un salarié peut solliciter un aménagement de ses conditions de travail afin de limiter son exposition à la chaleur, qu’il s’agisse d’horaires décalés, de pauses supplémentaires, du recours au télétravail lorsque celui-ci est compatible avec les fonctions exercées ou encore d’un assouplissement des règles vestimentaires. Il appartient toutefois à l’employeur d’apprécier ces demandes au regard des nécessités de l’entreprise et des impératifs de sécurité.
S’agissant de la tenue vestimentaire, son assouplissement peut être envisagé lorsque les fonctions exercées le permettent. En revanche, aucune dérogation ne peut être accordée lorsque le port d’équipements de protection individuelle est rendu obligatoire par la réglementation ou par l’évaluation des risques, ces équipements demeurant indispensables à la protection de la santé et de la sécurité des salariés.