« Entreprises : ces outils malins pour mieux payer
ses salariés sans alourdir les coûts »
27 avril 2026
Article rédigé par Anne Bodescot pour Le figaro.fr
Interview de Sandrine Henrion
Les collaborateurs, inquiets du regain d’inflation, réclament des augmentations, mais les petites entreprises serrent leurs budgets dans un contexte économique inédit. La solution ? Puiser dans les bonus exonérés de cotisations sociales pour donner du pouvoir d’achat à moindres frais.
Donner satisfaction aux collaborateurs sans trop dépenser… C’est ce que permettent certaines aides ou primes exonérées de cotisations sociales, et pourtant déductibles du résultat de l’entreprise. Cerise sur le gâteau, elles sont aussi exonérées d’ impôt sur le revenu pour le salarié qui les reçoit, ce qui en accroît l’intérêt pour lui.
Le premier de ces petits bonus qui ne coûtent pas très cher ? La prime de télétravail. Elle est destinée à couvrir les frais (électricité, chauffage…) des collaborateurs les jours où ils travaillent depuis leur domicile. «Son montant est modeste : soit de 2,7 euros par jour de télétravail dans la limite de 59.40 euros par mois, soit 11 euros lorsqu’un accord d’entreprise prévoit un jour fixe de télétravail par semaine dans le mois », précise Sandrine Henrion, counsel au cabinet Herald Avocats. Ainsi, un salarié effectuant 2 jours de télétravail par semaine peut bénéficier d’une prime de 22 euros par mois sans justificatif.
Repas et vélos
Se montrer généreuse sur les titres-restaurant est une autre façon pour l’entreprise d’aider les salariés à bon compte. L’employeur peut prendre en charge 50% à 60% de la dépense, sans cotisations sociales, dans la limite de 7,32 euros par repas. Soit près de 15 euros par repas. Les entreprises montent rarement aussi haut, elles ont donc de la marge pour lâcher du lest sur cet avantage.
Le forfait mobilités durables leur a encore ouvert d’autres perspectives. Il peut être mis en place par accord collectif ou décision unilatérale de l’employeur. Il est destiné à encourager les salariés qui prennent, au moins de temps en temps, le vélo, la trottinette ou encore le covoiturage pour venir au bureau. «Une attestation sur l’honneur ou un justificatif de paiement est simplement demandé au salarié pour que l’entreprise puisse justifier la prime en cas de contrôle de l’Urssaf », indique Sandrine Henrion. L’entreprise peut ainsi verser à chaque collaborateur jusqu’à 600 euros par an, en franchise de cotisations. «Et cette dépense est cumulable avec la prise en charge obligatoire de la moitié de l’abonnement à un transport en commun, dans la limite totale de 900 euros par an», précise l’avocate. C’est là que le bat blesse. Dans certaines grandes villes, cet abonnement aux transports est tellement onéreux qu’il «consomme» à lui seul l’essentiel de l’enveloppe.
Les services à domicile aussi
Une entreprise a même le droit de financer dans ce cadre fiscal et social avantageux la femme de ménage ou la baby-sitter de leurs salariés, grâce aux Cesu (Chèque emploi service universel)préfinancés. «L’entreprise attribue ce chèque numérique ou papier aux collaborateurs, qui peuvent le dépenser sur leur compte Cesu ouvert auprès de l’Urssaf, pour régler le salaire et les cotisations des salariés à domicile qu’ils emploient », explique Sandrine Henrion. L’enveloppe peut être significative. L’entreprise peut offrir un avantage social exonéré de cotisations sociales jusqu’à 2591 euros par an et par collaborateur. «Cette formule est appréciée notamment des entreprises dont les salariés ont des horaires décalés, avec les soucis que cela implique pour faire garder les enfants », ajoute la spécialiste.
D’autres aides sont attribuées soit par l’entreprise elle-même soit par le CSE (comité social et économique). C’est le cas notamment des chèques culture, de plus en plus souvent crédités sur une carte à utiliser pour des livres, des spectacles, notamment, ou de l’aide à une pratique sportive. Cette dernière est exonérée de cotisations et déductible du résultat dans la limite de 200 euros environ par an et par salarié.
Intéressement et partage de la valeur
D’autres bonus sont un peu moins avantageux pour les entreprises. Car s’ils sont bien déductibles du résultat et exonérés de cotisations (mais pas toujours de CSG et CRDS), ils sont néanmoins soumis au «forfait social», une contribution de l’employeur (20% en général). C’est le cas de la participation aux bénéfices, obligatoire au-delà de 50 salariés ou encore de l’intéressement.
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