Nouvelle édition de la Programmation pluriannuelle de l’énergie : quelles incidences pour les entreprises ?

 

2 avril 2026

Article publié dans GPO Mag

 

| Banque – Finance |

 

   

Christophe Jacomin          Nour Neggaz

 

Face à l’accélération du dérèglement climatique et à l’intensification des contraintes internationales en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la France s’est engagée dans une transformation profonde de son modèle énergétique, avec pour objectif l’atteinte de la neutralité carbone à l’horizon 2050. Dans ce contexte, le Gouvernement a publié, le 13 février 2026, une nouvelle édition de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3) visant à définir les orientations de la politique énergétique nationale pour la période 2026-2035[1].

La PPE 3 s’articule autour de trois axes essentiels que sont la sécurité d’approvisionnement et la souveraineté énergétique, la maîtrise des prix de l’énergie et la lutte contre le changement climatique. Le premier répond à la dépendance persistante de la France aux énergies fossiles importées, dont les limites ont été particulièrement mises en évidence à l’occasion des crises récentes, notamment dans le contexte de la guerre en Ukraine et du conflit au Moyen-Orient.

Le deuxième vise à préserver la compétitivité des entreprises et le pouvoir d’achat, dans un environnement marqué par la volatilité des prix de l’énergie. Le troisième poursuit un objectif de développement des énergies bas-carbone et de réduction des consommations.

Ces orientations s’inscrivent dans la politique climatique de l’Union européenne, notamment de la loi européenne sur le climat[2], qui fixe la neutralité climatique à 2050, et dans sa révision adoptée par le Parlement européen le 10 février 2026, incluant un objectif intermédiaire de réduction des émissions nettes de 90 % d’ici 2040 par rapport à 1990.

Si ces trois impératifs répondent à des objectifs environnementaux et stratégiques de long terme, ils emportent également des conséquences directes pour les entreprises en affectant leurs coûts, leurs choix d’investissement et leur modèle économique.

 

La sécurité d’approvisionnement et la souveraineté énergétique

 

Le premier pilier de la PPE 3 vise à garantir la sécurité d’approvisionnement énergétique, entendue comme la capacité à assurer une disponibilité continue de l’énergie sur l’ensemble du territoire, tout au long de la transition vers la sortie des énergies fossiles. Pour atteindre cet objectif, elle prévoit une transformation progressive du mix énergétique, fondée sur le développement d’énergies produites localement, en particulier le nucléaire et les énergies renouvelables.

Ainsi, la part des énergies fossiles dans l’énergie finale consommée devrait passer de 60 % en 2022 à 42 % en 2030, puis à 29 % en 2035, tandis que la production d’électricité décarbonée est prévue pour atteindre au moins 560 TWh en 2030 et 640 TWh en 2035, contre 390 TWh en 2022. Par ailleurs, cet axe s’inscrit dans une ambition renforcée de souveraineté industrielle, notamment à travers le développement de nouvelles chaînes de valeur.

Si cette dynamique crée des opportunités pour certaines entreprises, elle impose également des contraintes importantes à d’autres, en particulier celles fortement dépendantes des énergies fossiles qui devront adapter leurs procédés, voire repenser leur implantation.

 

La maîtrise des prix de l’énergie

 

Le deuxième pilier vise à assurer la maîtrise des prix de l’énergie, afin de concilier les impératifs de la transition énergétique avec le maintien de la compétitivité économique. En 2023, la répartition des ressources énergétiques repose principalement sur une production nucléaire de 320 TWh, complétée par l’hydroélectricité (54 TWh), l’éolien terrestre (48,7 TWh) et le photovoltaïque (23 TWh).

Dans cette perspective, la PPE 3 entend stabiliser les coûts en s’appuyant sur la structuration d’un mix énergétique optimisé. Le recours au nucléaire participe notamment de cette stratégie, en permettant la production d’une énergie à la fois stable et compétitive. Cette évolution entraîne des changements significatifs dans les pratiques des entreprises. Jusqu’à présent, la gestion de l’énergie reposait souvent sur une approche opportuniste consistant à s’approvisionner au meilleur prix à un instant donné.

Désormais, la PPE 3 incite les entreprises à adopter une vision de long terme en alignant leur stratégie énergétique sur les orientations définies par les pouvoirs publics. Cela implique d’adapter leurs décisions d’investissement, ainsi que leurs modalités de sécurisation des contrats d’approvisionnement.

 

La lutte contre le changement climatique

 

Le troisième pilier est consacré à la réduction des émissions de gaz à effet de serre, en combinant une diminution de la consommation d’énergie avec un développement accru des énergies bas-carbone. L’objectif est d’opérer, d’ici 2030, une transition d’un système encore largement dépendant des énergies fossiles vers un modèle majoritairement décarboné. Pour y parvenir, la PPE 3 s’appuie notamment sur le renforcement de l’efficacité énergétique, le développement de la chaleur renouvelable et l’électrification des usages.

Les entreprises seront amenées à investir dans des technologies moins émettrices, à faire évoluer leurs chaînes d’approvisionnement et à repenser leur modèle économique afin de réduire leur empreinte carbone. Si ces ajustements peuvent engendrer des coûts significatifs à court terme, ils constituent néanmoins une étape incontournable de la transition.

Par ailleurs, la PPE 3 souligne que cette dynamique est également porteuse d’opportunités, notamment en matière de développement de nouvelles filières industrielles et de création d’emplois, en particulier dans les énergies renouvelables, avec l’essor de l’éolien et du solaire, qui structurent des chaînes de valeur allant de la fabrication à la maintenance.

À l’inverse, le maintien ou le développement d’investissements dans des technologies fortement émettrices apparaît de plus en plus risqué.

Il apparaît ainsi que la lutte contre le changement climatique ne se réduit pas à un ensemble de contraintes réglementaires, mais constitue un véritable levier de transformation économique auquel les entreprises doivent s’adapter. La PPE 3 en prend la mesure, en soulignant l’ampleur des efforts requis et en évoquant des investissements « sans précédent depuis la première révolution industrielle »[3].

 


[1] Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (2026-2035), stratégie française pour le climat
[2] Règlement (UE) 2021/1119
[3] Programmation pluriannuelle de l’énergie (2026 – 2035)

 

 

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