Financement de la défense : Enjeux et perspectives

 

15 février 2026

Article publié dans L’AGEFI

 

| Banque – Finance |

 

    

Christophe Jacomin   

 

Le financement de la défense demeure un pilier central des politiques publiques, enjeu d’autant plus crucial dans un contexte géopolitique caractérisé par l’intensification des tensions. Pour l’État français, il ne s’agit pas seulement d’assurer la sécurité nationale, mais également de préserver la compétitivité et la modernisation de la Base industrielle et technologique de défense (BITD). Le rapport gouvernemental en date du 20 mars 2025[1] met en lumière l’importance de l’articulation entre finance et industrie de défense, rappelant que leur mobilisation conjointe est essentielle à la préservation des intérêts stratégiques.

Historiquement quasi exclusivement financé par des dotations budgétaires, l’effort de défense tend aujourd’hui à diversifier ses sources de financement. Pourtant, malgré ce recours conséquent aux instruments bancaires et financiers, de nombreux industriels signalent que les PME et ETI de la BITD rencontrent encore des difficultés financières.

Dans ce contexte, un plan d’action structuré autour de quatre objectifs complémentaires visant à soutenir le financement de la BITD a été mis en place. Le premier objectif consiste à renforcer les dispositifs publics de financement afin d’améliorer la trésorerie et les fonds propres des entreprises de défense pour leur permettre d’absorber la hausse des commandes. Le second vise à accroître la capacité des investisseurs privés et publics à se positionner sur le secteur, notamment par une clarification de la compatibilité entre le financement de la défense et les exigences de la finance durable.

Les deux derniers objectifs poursuivent une logique complémentaire : permettre aux épargnants de contribuer davantage au financement de l’industrie de défense, en orientant une part accrue de l’épargne nationale vers les entreprises stratégiques via des fonds de private equity, l’assurance-vie ou les plans d’épargne retraite (PER) et structurer un dialogue durable entre l’industrie de défense et le secteur financier, notamment par les groupes de travail co-présidés par Philipe Brassac,  ancien Directeur Général du Crédit Agricole, et Hervé Guillou, ancien PDG de Naval Group.

Ces objectifs et dispositifs financiers sont cohérents avec la trajectoire définie par la Loi de programmation militaire 2024-2030 (LPM), qui fixe le cadre budgétaire et capacitaire de la BITD.

 

1. Cadre stratégique et allocation budgétaire

 

La LPM 2024-2030 organise une montée en puissance progressive des moyens alloués à la défense sur une période de sept ans. Elle constitue l’instrument central de planification budgétaire, tant pour le développement des capacités opérationnelles que pour le soutien de la Base industrielle et technologique de défense.

Le projet de loi de finances pour 2026, correspondant à la troisième année d’exécution de la LPM, illustre cette dynamique de renforcement. Il prévoit une augmentation significative des crédits alloués au Ministère des Armées, à hauteur de 6,7 milliards d’euros par rapport à 2025, soit 3,5 milliards au-delà de la trajectoire initialement fixée par la LPM[2]. Cette enveloppe supplémentaire vise à consolider les capacités opérationnelles tout en accélérant les investissements dans les équipements stratégiques et les technologies de rupture.

 

2. Dette privée et capital-investissement au service des ETI et de la BITD

 

L’État français complète ses crédits budgétaires en empruntant sur les marchés financiers via des titres de dette négociables, notamment les Obligations Assimilables du Trésor (OAT), généralement à maturité de 2 à 50 ans.

Pour 2026, l’Agence France Trésor (AFT) prévoit des émissions nettes d’OAT à moyen et long terme d’environ 310 milliards d’euros[3].

 

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[1] Financement de la Base Industrielle et Technologique de Défense, 20 mars 2025

[2] Projet de Loi de Finances 2026 – LPM année 3 -31.10.2025

[3] Agence Française du Trésor, Programme indicatif de financement de l’Etat pour 2026

 

 

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